Alors que les fans de la série pleurent toujours à chaudes larmes sa tragique disparition l'année dernière, et prient pour le retour de Veronica Mars sous forme de film (projet en stand-by pour le moment), la détective en herbe débarque enfin en DVD dans l'Hexagone. L'occasion de revenir sur cette première saison, qui allie avec bonheur film noir, ambiance lynchienne et humour décapant. Et révèle le talent éclatant de Kristen Bell.
Au présent, Veronica Mars, adolescente au lycée de Neptune High, n'a pas la vie facile. Par des flash-back esthétiquement très réussis (du Lynch en compréhensible), l'héroïne revient sur le drame qui a chamboulé sa vie, le meurtre de sa meilleure amie, Lily Kane. Le père de Veronica et shérif de Neptune, Keith Mars, s'est alors acharné à prouver la culpabilité de Jake Kane, le propre père de Lilly. Très influents dans une ville où la classe moyenne n'existe pas (dixit Veronica), les Kane ont rapidement obtenu la tête de Keith Mars et l'anéantissement de la vie sociale de sa fille. Le chemin de croix ne faisait que commencer pour Veronica, droguée au GHB et sans doute violée lors d'une soirée. Constamment traitée de nom d'oiseaux par ses anciens amis, elle se retrouve seule contre tous.
Détective privé en jupon
Fini la naïveté, bonjour la lucidité. Veronica Mars, cheveux coupés et appareil photo vissé au coup travaille désormais pour l'agence de détective privée crée par son père, et parfois pour son compte. Un mari infidèle, un vote truqué, une arnaque financière ? La jolie blonde qui dégaine (verbalement) plus vite que son ombre est votre homme ! Cette super-héroïne a le pouvoir de se tirer de situations vraiment limites avec le sourire et un bon jeu de mot. Dès le premier épisode, elle se met dans la poche une bande de petits malfrats en moto et son chef, Weevil. Veronica est « l'adulescente » qu'on aurait tous rêvé d'être. Elle a brutalement perdu son innocence, mais s'est relevée et monte tous les jours sur le ring (le lycée) affronter les uppercuts de ses anciens amis. Devenue détective privée en jupon, elle règle son compte aux méchants à coups de répliques mordantes et de preuves irréfutables. Garçon manqué, femme fatale ou ado sensible, c'est un vrai caméléon.
Dans le rôle de ce bout de femme dure à l'extérieur mais très fragile sous la carapace (« Veronica Mars est un marshmallow » lui lance un jour son ami Wallace), Kristen Bell hypnotise. Sa moue d'ado cynique, ses trucs à la Mc Gyver version Sherlock Holmes des temps modernes, ses déguisements à la Sydney Bristow (Alias), ses blessures... Comment ne pas tomber sous le charme ? La série tire en grande partie sa force de son actrice principale (ce qui aurait pu mal tourner sans le talent de Kristen Bell). Son père, brillamment interprété par Enrico Colantoni, est le seul à lui arriver à la cheville. Même humour, complexité, fêlures et grand cœur. Les hommes (Duncan et Logan principalement) passent dans la vie de Veronica Mars, mais l'amour entre la jeune fille et son père, le seul à la comprendre et ne pas la trahir, demeure. Tendre, émouvante, noire (planque dans des hôtels sordides, enquêtes sur le meurtre de Lilly Kane et le viol de Veronica), ultra-référencée avec ses multiples allusions à la sous-culture américaine, Veronica Mars est un ovni inclassable dans le paysage télévisuel, qui nous a malheureusement quitté trop tôt. Restent ces trois saisons, dont la première arrive en France avec un pilote version longue et des scènes coupées. Des petits bijoux addictifs à ne pas rater.
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