Les Infiltrés sur le bûcher des vanités
C'est ce soir qu'aura lieu la première des Infiltrés, la nouvelle émission de reportage de France 2 qui a soulevé une pré-polémique. En quelques mots : est-ce que d'un point de vue déontologique le journaliste peut avancer caché pour pointer les dysfonctionnements de la société ? La réponse de CAPA, la société de production derrière Les Infiltrés : oui, sinon les réponses sont déformées par le prisme des services de communication. Avec ce premier opus consacré aux maisons de retraite, une journaliste s'est fait passer pour une stagiaire aide-soignante. Tout est filmé sous cette "couverture", les intervenants n'ont pas été prévenus qu'ils étaient captés par une caméra cachée. Le constat est consternant et affligeant. Les personnes âgées sont soumises à ce que l'on appelle de la maltraitance passive. En substance, elles sont infantilisées (mais bon, elles ont besoin de couche-culotte, hein), les soins sont apportés avec trop d'à peu près (en même temps, il y a deux postes d'infirmières pour soixante lits : rien de surprenant à ce que le boulot soit fait à la va-vite) et les vieilles personnes sont livrées à elle-même (comme la grand-mère qui ne voit personne de la semaine). Le reportage est suivi d'un débat animé par David Pujadas censé permettre d'éclairer les points de dysfonctionnements mis en exergue dans le reportage et tenter d'y apporter des solutions. Pour se faire une idée, on pourra suivre l'émission ce soir à partir de 22h30, mais à la vue du reportage, on peut clairement se demander si la méthode de l'infiltration apporte vraiment quelque chose ? MàJ : le Syndicat national des journalistes demande purement et simplement l'arrêt de ce magazine. Il juge en effet que si "il est possible de recueillir des informations par des moyens détournés quand il n'y a aucune possibilité de faire autrement (...) bâtir un concept d'émission sur des exceptions est à la fois dangereux et choquant". La polémique enfle. Commentaires
De MM, posté le 22.10.08 à 18:22
![]() Pour moi, c'est plus la caméra cachée en elle-même qui pose problème. L'image filmée choque beaucoup plus que le texte ou la photo. Or, des journalistes infiltrés, comme c'est écrit dans l'article, il en existe depuis toujours sans que ça n'ait posé de problèmes auparavant. C'est une technique d'investigation qui a beaucoup servi et permet effectivement de passer outre la communication. Mais l'image faite pour choquer, alarmer ou inquiéter pour ces pauvres petits vieux, à quoi ça sert ? De Raphaël Zacharie de , posté le 23.10.08 à 11:08 ![]() L'ÉTABLE DES MORT-VIVANTS
(Texte biographique.)
Midi sonne dans la salle à manger de l'hospice. Le centre est spécialisé dans le "traitement" de la vieillesse défaillante. Pour dire la vérité, c'est tout simplement l'antichambre de la mort. On est loin des refuges dorés pour vieillards fortunés. Ici on accompagne les grabataires, pour certains démunis. Ou presque. C'est l'heure du déjeuner, midi sonne disions-nous. Moi, jeune stagiaire de vingt-cinq ans qui découvre sur le tas le métier d'auxiliaire de vie, j'observe. Je suis nouveau, inexpérimenté, curieux. Resté à distance dans un angle de la vaste salle à manger de l'hospice, j'observe la scène qui -je ne le sais pas encore à cet instant- me marquera profondément pour le reste de mes jours. Le spectacle qui est en train de se dérouler sous mes yeux est pour moi seul : le reste du personnel soignant, que je suppose habitué à la chose ou tout simplement bien trop pris dans son labeur pour prêter attention à ce genre de vision subtile et fulgurante, me semble parfaitement étranger à ce que je considère encore aujourd'hui comme la plus impressionnante "pièce de théâtre grandeur nature" à laquelle j'ai pu assister de toute ma vie. Les soignants font d'ailleurs eux-mêmes partie intégrante du tableau. Je suis donc le seul pour qui la scène se joue. A l'insu de tous. Lentement, progressivement, la scène apparemment anodine se construit, s'élabore pour prendre bientôt des allures magistrales, dantesques, quasi bibliques. Et ce n'est plus un simple fait du quotidien que je vois, ce n'est plus une scène banale, insignifiante qui s'offre à ma vue... C'est un drame. C'est une toile de Caravage. C'est une leçon de vie et de mort. Effaré, ému, subjugué, incrédule, découvrant un aspect inconnu de l'existence humaine, je reste dans mon coin à observer. Voilà ce que je vois : Comme surgit de nulle part, au son de la cloche une troupe claudicante de petits vieux décharnés s'avance avec mollesse, désespoir, infinie lenteur vers les tables... Un sombre, funèbre, sépulcral cortège de vieillards en "expédition alimentaire". Certains cheminent affaissés dans leur fauteuil roulant d'un autre âge, poussés par des infirmiers ou secondés par leurs compagnons d'infortune eux-mêmes invalides, d'autres -avec ou sans béquilles- arrivent au bras d'un infirmier. Rares sont ceux qui marchent sans aucune aide. Tous sont voûtés, sinistres, saisis de stupeur. Que le chemin est long pour aller se restaurer ! Vue cauchemardesque sur le monde de la vieillesse ! Des visages à faire peur, des corps usés, un rythme au ralenti extrême. Une marche solennelle et pitoyable de centenaires avec leurs petits pas de reptiles ridés... Une procession de morts-vivants convergeant vers les assiettes fumantes... (L'image, effroyable, romantique, cruelle mais aussi profondément humaniste restera à jamais gravée en moi.) Le tout dans un silence de mort. C'est cela le plus impressionnant, c'est le silence. Ce silence -terrible, effrayant- qui n'est que l'écho atténué du Silence qui bientôt viendra refermer les yeux de ces tortues ternes et tristes qui se meuvent avec une mortelle léthargie. Fantômes hors du temps, oubliés du reste du monde, ces êtres font partie d'une autre réalité, tragique, universelle, où l'ombre de la mort recouvre plus de la moitié de leur face. Et qui fait qu'ils deviennent invisibles à notre monde. Et comme je suis le seul à les voir, ces êtres devenus invisibles au monde, je continue de les observer au fond du réfectoire, fasciné, muet, interdit. Ces ruines de chair et épaves d'esprit ignorent qu'en retrait dans un coin de la salle une jeune âme émotive mais lucide qui a toute sa vie d'homme à faire les regarde se traîner lamentablement vers leur destin finissant, enregistre l'instant pour toujours... Comment pourrais-je, en effet, oublier cette marche cérémonieuse et misérable, pittoresque et macabre de gérontes boiteux et accablés vers un repas sans joie ? De Dynamo, posté le 23.10.08 à 11:33 ![]() La question qui devrait être sur toutes les bouches ce matin après cette diffusion salutaire, c'est : POURQUOI l'Etat a-t-il failli à sa mission ? POURQUOI préfère-t-il lâcher des milliards aux banquiers malhonnetes plutôt que de donner de vrais moyens aux hôpitaux français ? Mais la question s'est transformée en "Cette émission est-elle mauvaise ?" Tu m'étonnes, un truc qui démasque la faillite de l'Etat ne peut qu'être mauvais... Cette polémique est une manipulation gouvernementale... Cette émission n'a pas le panache d'un "Là bas si j'y suis", mais elle a le mérite d'exister. Allez, bien à vous. De coupd'gueule, posté le 23.10.08 à 15:31 ![]() POURQUOI préfère-t-il lâcher des milliards aux banquiers malhonnetes plutôt que de donner de vrais moyens aux hôpitaux français ?
Parce que si les banques s'écroulent, c'est tout qui s'écroule : les entreprises qui fournissent de l'emploi (plus de salaire, plus de maison...) les retraités qui voient leur économies de toute une vie s'envoler en fumée, etc... Plus de crédits. On n'achète plus rien, on ne vent plus rien... Et tout le monde va se serrer la ceinture. Il n'y a pas le choix ! Ces milliards, on va les payer, il ne faut pas se leurrer, à cause de quelques spéculateurs avides, du libéralisme sauvage auquel nous sommes arrivés, mais c'est comme ça, c'est dégueu, mais c'est comme ça ! Toutes ces déclarations : les hôpitaux, les associations oubliés de tous... c'est très beau ! Mais qui a envie de donner plus alors que tout le monde se plaint déjà d'être surtaxé, ponctionné, dévalisé par l'état ? Eh oui, le monde est mal foutu !
Tu travailles Dynamo ? Que penserais-tu si ton employeur venait du jour au lendemain te dire que tu n'as plus de boulot, qu'ils ont déposé le bilan parce que la banque refuse de leur accorder une autorisation de découvert ? En ce moment il y a plein de petites entreprises qui sont en faillite en partie à cause de ça. L'autorisation de découvert par exemmple est une pratique courante dans les métiers saisonniers et lorsque la banque vous envoit une lettre avec mise en demeure de rembourser le crédit sous 60 jours alors que vous n'avez aucune rentrée, eh ben, il vous reste la faillite. Personne ne pense jamais à ça quand il s'agit de pousser de grands cris ! De Raletou, posté le 23.10.08 à 17:21 ![]() Bref!! ya pas de juste milieu, et y'en aura jamais :-( De Rom, posté le 24.10.08 à 07:35 ![]() Dynamo > On ne parle pas du contenu de l'émission, ce qu'elle dénonce ne semble juste pas neuf (et l'infiltration ne pas apporter grand chose au débat). Cela dit, c'est symptomatique de notre système : on est en train de faire un exemple de cette maison de retraite, alors que c'est comme ça dans quasi-toutes les maisons de retraite publiques puisqu'il n'y a pas assez de personnel ! Et voilà, la maison de retraite va devenir le coup d'éclat, et les autres maisons de retraite resteront bien tranquilles... De lucide, posté le 26.10.08 à 06:35 ![]() Les comparaisons hasardeuses n’enlèveront jamais rien à l’innommable : la lâcheté populaire ! Il me semble que la maltraitance parfaitement connue et consentie par nous tous, s’apparente à une forme de torture sociale. Que les extrêmes de l’âge soient molestés dans l’anonymat des rues ou celui des « longs séjours » n’est pas nouveau. Personnellement je n’ai pas vu le documentaire mais ce n’est pas utile, je connais trop bien ce genre de situation. Ce qui me choque c’est l’hypocrisie populaire. Demander à l’état des comptes que nous sommes en mesure de régler nous-même, relève de l’indécence. S’offusquer de situations que quasi aucun d’entre nous ne prend le risque de dénoncer au nom de son petit confort ordinaire me dégoûte. Il serait de bon ton de se poser la question du POURQUOI ne disent t-ils rien les professionnels de ces endroits particuliers. A quelle menace s’exposeraient-ils ? Il est vrai aussi que pour beaucoup, voir d’autres dans cet état, c’est se rassurer sur ce qui ne les a pas encore rattrapé….. mais pour combien de temps ? Car en effet le malheur des autres ici, ne fera pas indéfiniment le bonheur de ceux qui veulent l’ignorer. Nous sommes bien trop peux à lutter contre cette forme de maltraitance institutionnelle et sociale. Et pourtant les plus avertis d’entre nous, savent pertinemment qu’une civilisation où les plus faibles, jeunes et vieux sont abusés, est une civilisation perdue. Peut-on aider malgré eux les hypocrites majoritaires de nos sociétés, j’en doute ! Surtout lorsque la manne financière est conséquente. La conscience collective s’incline devant le paraître de quelques élites sur papier glacé. Les irréfléchis sont comme ça ! Ils s’admirent dans une psyché de chimères pour se rassurer sur le sort auquel ils n’échapperont pas.(Même avec beaucoup d’argent). Alors qu’il serait si simple de se préparer à devenir mortel dans cet univers d’illusions, où les expressions anciens et infantiles sont devenues des grossièretés. Les autres c’est nous tous, et il vrai que notre veulerie est une valeur assurée de cette société là ! Tant pis pour ceux qui prennent le risque de bousculer les consciences, ils finiront grâce à tous les autres dans l’anti chambre de l’exclusion morale. Il ne faut pas avoir des prétentions dont nous n’avons pas les moyens, les hommes sont lâches ce n’est pas un fait nouveau. On ne peut ambitionner qu’un souhait c’est que l’agonie de cette vieillesse mise au banc des accusés par les grands de ce monde ; ne s’éternise pas dans ces camps de misère que l’on ose encore appeler : « maison de retraite ». Il y a des gens qui s’habituent à tout, d’autre pas, ces derniers sont minoritaires dans ce système d’extermination éthique ! Ajouter un commentaire |
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