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Revu et corrigé, présenté par Paul Amar, est l'émission censée remplacer sur France l'Arrêt sur images de Daniel Schneidermann.
Daniel cherche les scoops Les décrypteurs des médias sont tous à la recherche du scoop, et Daniel Schneidermann plus que quiconque puisqu'il tente de convaincre les internautes (ou plutôt "@sinautes", comme on les appelle sur le site) de payer pour avoir accès à une information pertinente. Chose dure, tant la culture internet n'existe que dans le gratuit. L'idée de l'ex-équipe d'Arrêt sur images est à l'opposée de la mode. Culottée même.Et depuis la mise en place du site internet provisoire, les anciens signataires de la pétition pour le maintien de l'émission sur France 5 reçoivent une newsletter hebdomadaire. Des premiers textes vindicatifs envers l'émission (déplorable) Revu et Corrigé, voici venu le temps des polémiques. La lettre numéro 5 revenait sur la grève des transports et le manque de précision de la part des médias sur le maintien du régime de retraite des conducteurs de trains. Mais surtout, la grosse histoire, c'était les extraits du film-documentaire sur "Y'a que la vérité qui compte", interdit de diffusion par l'équipe de l'émission, où les deux compères Bataille et Fontaine (enfin surtout Laurent Fontaine) demandent à ce qu'il n'y ait pas de sujet sur des homosexuels, parce que "le programme sera diffusé le lundi de Pâques et que c'est familial et que ça va faire perdre plusieurs milliers de téléspectateurs". Là, bravo, Monsieur Schneidermann, sacré scoop ! Non, vraiment : apprendre que l'objectif de Bataille et Fontaine est (était) de produire des émissions populaires et généralement condescendantes, voilà qui mérite de payer son obole... Quant à cette semaine, ASI nous informe qu'une image du président qui gaffe (toujours sur les retraites des cheminots) n'a pas été diffusée sur TF1 et France 2, ainsi que l'interview télévisée du même président pour 60 Minutes qui s'arrête lorsque la journaliste l'interroge sur son divorce (pas diffusé sur France 2). Là encore, du scoop pour celui qui n'écoute pas la radio et qui ne regarde que TF1, mais qui n'est malheureusement pas la première cible d'ASI. Et rituellement la newsletter se termine par un "Abonnez-vous, dès maintenant" ou "Abonnez-vous, dès aujourd'hui". Côté teaser, Daniel Schneidermann n'a presque rien à apprendre de Bataille et Fontaine. Il sait ce que les lecteurs d'@si veulent : avoir l'impression d'être mis dans la confidence d'histoires interdites par la chape de plombs des grands médias français à la solde du gouvernement. Mais ce qu'il semble oublier, c'est que ce qui mérite d'être payé n'est pas le scoop, mais l'analyse. Or pour l'instant, celle-ci n'existe pas vraiment, et Daniel Schneidermann semble plus préoccupé par des envies de "coups médiatiques" que par le développement de ce qui a fait le succès de l'émission télé. Comme, lorsqu'en réponse à une lettre de Laurent Fontaine qui s'achève par une proposition à aller boire un café avec lui, il botte en touche par un charmant, mais orgueilleux : "Quant à l'aimable invitation finale à boire le café, comment dire les choses ? Je ne souhaiterais pas que nos @sinautes soient privés du plaisir d'assister à une rencontre si prometteuse. Aussi, j'y suis tout disposé, dès que notre site définitif nous permettra de tenir cette discussion en présence de quelques caméras". En attendant des jours meilleurs... Revu et corrigé : vu et oublié Alors c'est donc ça l'émission pour laquelle la direction de France 5 a évincé Arrêt sur Images ?Pauvre service public, tu es décidément tombé bien bas. Dans un décor de Talk-Show aux couleurs bleues high-tech, Paul Amar est au centre, face caméra et lit son prompteur avec l'aisance d'un cancrelat renversé sur son dos. Il sue, il a chaud, il se dit qu'il n'aurait pas dû reprendre deux fois de la paëlla à la cantine ce midi. Son texte est digne d'une rédaction d'un élève de seconde : thèse, antithèse, synthèse. Les mots de liaisons sont bien appuyés pour qu'ils n'échappent à personne. En régie, filmé par une caméra à l'épaule, le rédacteur en chef explique qu'en bon élève de la démocratie participative, les téléspectateurs pourront poser leurs questions par SMS, que rien ne sera censuré mais qu'il filtrera juste les messages diffamatoires et les insultes. Rha non, hein, pas de ça ici, Monsieur. Revu & Corrigé a un programme chargé pour cette première : l'enlèvement de la petite Maddy, l'affaire Clearstream, Laurent Gerra qui "flingue la télé", mais, attention, tout cela vu sous "l'angle des médias". Pas question ici de défricher l'information ou de l'expliquer, non. Seulement de discuter de son traitement. Paulo le rabâchera jusqu'à la nausée... sans jamais le pratiquer. Alors voilà, ça commence par un petit sujet sur Madeleine McCan, la gosse kidnappée au Portugal, qui nous remémore les grandes lignes du fait-divers et le traitement "des médias" qui ont d'abord été du côt Au retour plateau, Paulo interroge un journaliste qui nous montre des images du site Internet lancé par les parents de Mady. Derrière les images, le single : "Don't You Forget About Me" de Simple Minds. Et pas gonflé, juste après, Amar interroge d'un air suspicieux et sur un ton faussement improvisé (mais qu'on imagine dûment répété) d'une douteuse mise en abyme rédemptrice : "Dites-moi, il y avait de la musique sur les images du site, elle m'a dérangé, c'est vous qui l'avez mise ?". Réponse du journaliste : "Non, c'est celle du site, jamais nous ne nous serions permis". Et juste avant, sur le reportage, c'était peut-être pas vous, la musique suintant les bons sentiments et le populisme consensuel ? Alors, c'est pour ça que l'émission Arrêt Sur Images a été arrêtée ? Oui, l'émission de Daniel Schneidermann avait ce ton un peu professoral "asseyez-vous on va vous expliquer, vous vous faites avoir" de temps à autre agaçant. Et parfois il y avait la sensation que l'équipe d'ASI avait un peu trop à cœur de critiquer les autres sans se remettre en question (même s'il y avait une séquence d'arrêt sur les images d'ASI, mais qui restait plus potache que critique). Au moins, ASI osait affronter de face les polémiques, se remettait en cause quand il y avait lieu, citait les journaux et ne couvrait pas le tout sous le générique "les médias", comme le remarque justement Daniel Schneidermann tout au long de sa critique de Revu & Corrigé. À n'en pas douter, pétrie dans sa suffisance, la direction de France 5 va laisser vivre cet ersatz pendant une année, mais la longévité (douze ans !) d'Arrêt Sur Images ne risque pas d'être égalée. Revu et Corrigé : tous les samedis à 19h00 et rediffusion les dimanches à 13h15. |
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