Mannequin militante, icône noire des années 80, princesse peule : Katoucha Niane a marqué son époque par son style, son combat pour les femmes et sa disparition, en février 2008. Retour sur l’itinéraire d’une enfant pas gâtée.
Même si elle est née dans un milieu favorisé de la Guinée, son père étant un historien renommé. C’est lui qui décide de son excision, à 9 ans. Fuyant la dictature de Sékou Touré, la famille Niane s’installe au Mali, puis au Sénégal. Abusée par son oncle, on la marie ensuite de force avec un garçon dont elle porte l’enfant. Fuyant ces traditions et une vie qu’on choisit pour elle, Katoucha arrive au début des années 80 à Paris, avec sa fille.
Devenant vite la "Princesse peule", elle est remarquée lors de son défilé pour
Thierry Mugler. C’est la première fois qu’une Africaine défile en France. Mais plus remarquable encore, son allure majestueuse, sa longue silhouette rendent Yves Saint-Laurent admiratif. Katoucha devient l’icône YSL pour une décennie, en même temps qu’elle travaille pour
Givenchy,
Lacroix,
Chanel ou
Dior.
Quittant le mannequinat en 1994, elle tente de lancer sa propre marque de vêtements, mais c’est un échec. Entreprenant finalement le combat contre l’excision qui lui tient à cœur. Jusqu'à la création de l’association Katoucha pour la lutte contre l’excision (KPLCE) : on la voit au Sénégal convaincre des femmes de combattre cette pratique atroce. Son livre autobiographique
Dans ma chair raconte cette histoire douloureuse :
"Tu vas devenir une femme ; ainsi, tu ne courras pas les hommes ; tu es l’honneur de la famille, surtout ne crie pas." En 2005, elle participe au jury de l’émission "Top Model", sur M6, se trouvant ainsi une nouvelle occupation : aider les débutantes à réussir dans le mannequinat. Katoucha va jusqu’à créer le concours "Ebène Top Model", spécialement conçu pour donner leur chance à de jeunes noires et métisses.
Retrouvée morte le 28 février 2008, dans la Seine, sa mystérieuse disparition a laissé courir toutes les hypothèses, jusqu’au meurtre. La police a conclu à l’accident, et le corps fut rapatrié à Conakry, en Guinée. Le pays qu’elle avait fui, qu’elle voulait oublier.