Leonard Nimoy restera dans l'histoire pour avoir incarner sur petit et grand écran Monsieur Spock, personnage clé et phare de la série
Star Trek. Pourtant la carrière de ce comédien, qui doit son succès essentiellement à la télévision, ne s'arrête pas qu'à son rôle de Vulcain métisse dans l'un des classiques du Space Opera. Originaire de Boston, il se découvre durant son enfance une passion pour le théâtre qui le mène à épouser une carrière de comédien dès ses 17 ans grâce à laquelle il décroche son premier rôle important sur scène. Après ses études universitaires et son service militaire, Nimoy fait plusieurs apparitions dans différentes séries B au début des années 50 : un western où il joue un indien,
Old Overland Trail (William Witney, 1953) et le film de science-fiction culte,
Des monstres attaquent la ville de Gordon Douglas (1954), où on le remarque à peine. Mais très vite le jeune acteur va trouver sa place à la télévision, qu'il ne quittera jamais vraiment. Il enchaîne alors les séries en tous genres telles que
Dragnet (1954),
Remous (1958/1960),
Bonanza (1960),
La Grande caravane (1959/1961),
La Quatrième dimension (1961),
Les Incorruptibles (1962),
Au-delà du réel (1964),
Des Agents très spéciaux (Id), dans un épisode où il donne la réplique à son futur capitaine Kirk,
William Shatner. Série toujours, on l'a vu également dans
Max la menace (1966) ou encore
Gunsmoke (1961/1966), jusqu'à la révélation intergalactique,
Star Trek, qui débute en 1966 pour se terminer en 1969. Nimoy y invente un personnage moitié extra-terrestre et humain qui dévoue sa vie et sa pensée à la logique. Tout son jeu se base alors sur l'inexpressivité des sentiments pour demeurer fidèle à la conception du personnage pour qui l'humain faiblit par ses émotions. Il deviendra culte et adulé, une figure universelle.
Star Trek est annulé au moment où les scénarios deviennent plus transgressifs et conceptuels, n'hésitant pas à aborder des questions philosophiques ou dans l'air du temps, comme la tolérance ou les pouvoirs de la science. Nimoy réussit toutefois à rebondir immédiatement en remplaçant Martin Landau dans une autre série culte,
Mission : Impossible, dans laquelle il joue durant quatre saisons entre 1969 et 1971. Si à cette même époque l'acteur passe pour la première fois derrière la caméra avec plusieurs épisodes de la série
Night Gallery en 1970, sa carrière continue toutefois son chemin sur le petit écran via diverses apparitions dans des téléfilms ou séries comme
Columbo. En 1973 il participe au doublage de la série animée
Star Trek, puis après quelques années de disette, il décroche l'un des rôles principaux du premier remake de Body Snatchers,
L'invasion des profanateurs de Philip Kaufman (1978). Le culte de
Star Trek n'étant jamais retombé malgré l'annulation de la série et
Star Wars déchainant l'enthousiasme des foules partout dans le monde, la Paramount confie au vétéran Robert Wise le soin d'en réaliser une adaptation pour le grand écran :
Star Trek, le film (1979). L'intégralité du casting reprend alors du service pour de nouvelles aventures interstellaires qui donneront lieu à de nombreuses suites auxquelles Nimoy participe. C'est aussi l'occasion pour lui de repasser derrière la caméra et de réaliser
Star Trek III : à la recherche de Spock (1984), où il ressuscite son personnage mort dans
Star Trek II, la colère de Khan (Nicholas Mayer, 1982), et
Star Trek IV, retour sur terre (1986), dans lequel la fine équipe décode des messages à travers le chant des baleines (authentique). Un
Star Trek écolo rigolo.
I am not Spock / I am Spock
La saga se poursuivant sur grand écran, Nimoy jouera encore Monsieur Spock dans
Star Trek V, l'ultime frontière (1989), sur lequel
William Shatner se colle à la réalisation, et
Star Trek VI : terre inconnue (Nicholas Meyer, 1991), après quoi il prend enfin congé, ou presque puisqu'il apparaît dans deux épisodes de
Star Trek : The Next Generation (Id), la nouvelle série bientôt déclinée en myriade de spin-off. Parallèlement, suite à son expérience sur
Star Trek qui a su redonner confiance aux studios, Nimoy se consacre à sa nouvelle carrière de réalisateur. Il hérite ainsi en 1987 du remake américain de
Trois hommes et un couffin de Coline Serreau :
Trois hommes et un bébé, avec
Tom Selleck, Steve Guttenberg et Ted Danson. Le film suit poliment le script original sans lui apporter une quelconque nouveauté, mais comme la formule fonctionne, c'est un carton au box office. L'acteur-réalisateur enchaîne alors avec
The Good Mother (1988), un drame vite oublié avec
Diane Keaton et
Liam Neeson ; il poursuit sur un court-métrage,
Body Wars (1989), avec Elisabeth Shue, puis revient à la comédie romantique pour
Cheri, dessine moi un bébé (
Funny About Love, 1990), avec Gene Wilder. L'histoire d'un dessinateur newyorkais croyant avoir rencontré l'amour de sa vie jusqu'au jour où il est question de faire un enfant. Un film faible, mal joué, mal construit, sans inspirations, plus gênant que drôle, où on nage en plein mauvais téléfilm. Après quatre années de silence, Nimoy tourne enfin son dernier film en date,
Sacré mariage (1994), une comédie avec
Patricia Arquette et
Joseph Gordon-Levitt. Le talent on l'a, ou ne l'a pas, le film fait un four en salles.
Nimoy revient alors devant la caméra et à cette chère télévision tout en publiant sa seconde autobiographie :
I Am Spock (1995), succédant à
I Am Not Spock (1977) - il ne manque pas d'humour, ni d'ironie, voire d'honnêteté. Sur le petit écran, on peut le voir dans le téléfilm
Bonanza Under Attack (1995), un épisode de la version réactualisée d'
Au-delà du réel (Id), aux côtés de
William Shatner dans
The First Men in the Moon (1997), une adaptation d'
Arthur Conan Doyle,
The Lost World (1998), ou enfin une autre d'
Aldous Huxley,
Le Meilleur des mondes (Id). L'acteur entame les années 2000 en se retirant des écrans. Il se consacre alors à la poésie et la photographie (il a publié plusieurs recueils) tout en apparaissant de temps à autres dans quelques publicités. Il faudra attendre 2009 et la reprise en mains de la saga
Star Trek au cinéma par le surdoué et roublard
J.J. Abrams pour que Leonard Nimoy se laisse convaincre de reprendre son rôle légendaire. Ecrit par l'équipe de l'auteur d'
Alias et
Lost, sobrement intitulé
Star Trek (il s'agit du 11ème épisodes en salles), le film revient aux sources de la série et met en scène
Eric Bana,
Simon Pegg ou encore
Winona Ryder. Il promet d'être la relecture tant attendue par les trekkies de tous bords, voire ceux n'ayant jamais goûté à la série. Nimoy y joue Old Spock, un hommage et come-back mémorable pour un comédien de 78 ans qui a traversé l'histoire de la télévision américaine.