Dans son questionnaire de Proust, à la question « Le moment où j’ai été le plus heureux ? », Raymond Devos répondait : « Le jour où, sur scène, j’ai compris que j’étais accepté et aimé du public ». C’est vrai que le public l’a aimé, ce bonhomme à la silhouette rebondie, au costume souvent arborant un nœud pap, à la poésie innée et au verbe subtil. Raymond Devos a balladé sa carrure imposante et ses jeux de mots hilarants sur les scènes pendant près d’un demi-siècle… Né en Belgique dans une famille fortunée de sept enfants, il est adopté par la France très tôt. Sans aucun doute, son sens artistique lui vient de parents amateurs : une mère musicienne et férue de jeux de mots, un père pianiste et organiste qui emmène la fratrie au cirque très régulièrement. Raymond Devos abandonne tôt ses études, ce qu’il regrettera toute sa vie, mais se rattrape en autodidacte, avec une soif d’apprendre insatiable. Il a été coursier, libraire, crémier mais a toujours nourri une passion des lettres et de la musique, comme il l’a commenté : « Mon occupation préférée, c’est découvrir et apprendre ». Il prend des cours de mime avec Etienne Decroux et rencontre Marcel Marceau, puis suit une formation en théâtre classique. Il se produit en trio, en duo, puis en solo. Son premier sketch, « La mer », restera dans les annales, comme de nombreux autres, dont « Le car pour Caen ». Accompagné par le pianiste Hervé Guido, Raymond Devos écume les scènes, entre jeu, mime, jongle, musique. Son écriture est fouillée et précise, ses jeux de mots vertigineux, ce génie du verbe, clown poète trouve son inspiration chez ses modèles
Alphonse Allais,
Alfred Jarry ou
Boris Vian, qu’il a rencontré. Devos a reçu un Molière du meilleur one-man show en 1989 et un Molière d’honneur en 2000, six ans avant de disparaître. On lui doit aussi quelques chansons et des romans.